Goudron de routes grimpantes, petites églises. Des hommes et des femmes agglutinés aux vitraux, qui regardent interminablement de leurs costumes noirs le blanc qui émane du lieu. Maisonnettes en vieilles pierres rassemblées autour des croix qui dépassent les toits grimpées sur leur clocher. Odeur de terre lourde, et de gateau chaud ; de vide et de vie. Intérieur douillet de voutes anciennes entre-aperçu par une porte ouverte, indifférence au malheur qui se déroule en cortège derrière la boite en bois. Des inconnus, qui voient passer ces hordes de proches, amis, et autres juste polis. Deux mondes qui se côtoient le temps d'un après midi : l'un en noir et blanc. Le blanc des fleurs en couronnes qui auraient ornées le plus heureux mariage, le blanc des sièges, des murs, de la pièce baignée d'un soleil éblouissant. Le noir des cernes des veilleurs, des habits, des cheveux, de l'atmosphère, le noir des yeux méditerranéens dans lequel on plonge nos condoléances. Un contraste terrible et décalé, qui fait frissonner.
L'autre monde en couleurs, qui incarne l'odeur du thym, la légerté de la montagne libanaise, le soleil adouci de son aura venteuse sur ces pentes qui convergent dans les vertes vallées. De noires silouhettes s'échappent un instant des longues heures pesantes et sombres, âmes folâtres dans ces paysages d'un temps heureux, d'un autre calme.
L'échappée est courte, bientôt on les voit se pencher sur une autre pierre noire du cimetière.
A 21 ans, j'ai assisté à mon arrivée à mon premier enterrement. Je ne sais comment j'ai été protégée de cela jusqu'à aujourd'hui. Ici. Une cousine proche de ma mère que je n'ai pas connue, j'étais porteuse d'un message, d'une vraie douleur de ne pouvoir être là. C'est cela aussi vivre loin de sa famille. J'ai vécu cette longue après midi entre les deux mondes entremêlés décrits ci dessus. Je ressemble tant à ma mère avant qu'elle parte en France qu'ils ont un instant cru qu'ell était là, sauf pour l'âge...cette pensée a fait naître des sourires sur les visages en deuil.
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Mes pensées t'accompagnent.
RépondreSupprimerBises
Sylvain
Coucou ma Chris,
RépondreSupprimerJe lis avec beaucoup de plaisir tes aventures libanaises, en étant bien désolée de ne pas avoir pu être là pour te souhaiter un au revoir digne de ce nom. Profite bien de cette année!
PS: si tu veux regarder mes tribulations londonienne, c'est là : http://www.londonlullabies.blogspot.com/